Le Tableau, de Jean-François Laguionie
14e Festival Ciné 32 - Jeudi 13 octobre, 14h30
Depuis le fondateur et mythique Roi et l'Oiseau, réalisé par Paul Grimault en 1980 (dont Laguionie a partagé l'atelier une bonne dizaine d'années) , nous ne pensions même pas qu'un tel retour aux sources du film d'animation était envisageable. Certes, l'animation française se porte bien depuis plusieurs années et a engendré des longs métrages qui resteront dans les annales, depuis la fraîcheur de Kirikou de Michel Ocelot jusqu'à l'oecuménique Azur et Asmar du même Ocelot en passant par La Prophétie des Grenouilles de Jacques-Rémy Girerd. Mais ce Tableau retrouve une pureté dans la conception et dans le propos qui tranche particulièrement avec le second degré qui envahit bon nombre de productions actuelles (pas forcément d'ailleurs de manière déplaisante).
Le film de Jean-François Laguionie ravira petits et grands, comme le dit l'adage, mais sans lorgner vers la parodie ni le détournement. Le Tableau est une ode à la tolérance et au respect de la différence qui se déploie sur un chant d'amour pour l'art pictural. La construction du récit, stimulante et ludique pour les futurs jeunes cinéphiles, nous invite à plonger dans le cadre pour mieux en sortir ensuite, et à nous promener à l'intérieur d'une succession de toiles châtoyantes : le voyage dans la Forêt Interdite est en particulier un vrai enchantement pour le regard.
Accompagnant les trois héros du récit (belle trouvaille scénaristique que de les avoir créés et nommés en fonction de leur stade de finition !), nous parcourons l'histoire de la peinture, grapillant ici un hommage à Modigliani dans le visage allongé de Claire, la fiancée de Rameau, ailleurs un clin d'oeil aux multiples Arlequin de Picasso, là encore un écho à des oeuvres de Matisse dans ce portrait de la troublante Garance, jusqu'à cette arrivée en plein Carnaval éternel à Venise où les masques et les références se multiplient.
Réflexion sur l'art, sur notre condition humaine, sur la création, sur l'inanité du pouvoir, sur le libre arbitre (très beau personnage de Lola), sur le sens de la vie, Le Tableau est à la fois une oeuvre modeste et sophistiquée, un film plein de générosité qui comblera tous les publics.
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