15e Festival Ciné 32 - Jeudi 11 octobre, 20h

La Pierre de Patience, sous-titre métaphorique de Syngué Sabour, est une pierre magique que l'on pose devant soi et à qui l'on confie ses secrets les plus intimes, ses espoirs, ses désirs, sa souffrance, jusqu'à ce que cette pierre explose par le trop-plein. Dans cette adaptation d'Atis Rahimi de son propre roman, qui avait obtenu le Prix Goncourt, le rôle de cette Pierre de Patience est tenu par un soldat afghan, héros de guerre qui a sombré dans le coma et sur qui veille sa jeune épouse, qui occupe les lentes heures en parlant à cet auditeur inerte, en revenant sur son passé et en révélant progressivement la vérité de son existence.

 

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Le dispositif de cette intrigue très théorique semble théâtral et c'est du reste le sentiment qui domine d'un bout à l'autre : ces longs monologues paraissent davantage écrits pour une scène de théâtre et leur transposition sur grand écran est finalement dépourvue de toute réelle idée de mise en scène cinématographique. Lorsque la caméra se risque d'ailleurs à l'extérieur du huis-clos de la chambre où se déroule la quasi intégralité du récit, l'embarras grandit quand on constate que la reconstitution d'un quartier de Kaboul se résume à un décor minimal constitué de quelques pans de murs et de gravats qui sont systématiquement filmés avec le même cadrage.
  

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Le consensus critique autour de Syngué Sabour peut donc surprendre, un bon roman ne débouchant pas forcément sur une bonne adaptation. Le message de l'auteur paraît également plus discutable qu'à première vue. Souhaiter évoquer une libération de la femme en Afghanistan semble a priori ne souffrir aucune contestation possible mais, à l'écoute des aveux finaux de l'héroïne, très bien interprétée au demeurant par Golshifteh Farahani, cette prétendue émancipation résonne étrangement et crée un sentiment de malaise. Cette libération ressemble alors à une autre forme d'aliénation. Cette version moderne et psychanalytique des "Mille et une nuits", où une Shéhérazade afghane déverse sa parole pour arracher ses traumas et se débarrasser de ses démons intérieurs, malgré notre patience, malgré de belles images (parfois ambigües : peut-on dire qu'un plan de burqa soulevée par le vent est "beau" sans s'interroger ?) n'a par conséquent pas fait exploser notre enthousiasme...