En ce 27 mars 2013, pas moins de 18 films sortent en salles. 18... Ce seul chiffre démontre par l'absurde qu'un problème gigantesque ronge la production et la distribution cinématographiques : hormis quelques critiques (mais je doute que plus d'une poignée de personnes aient vu ces 18 films, par exemple), l'inextensibilité de nos emplois du temps ou de nos porte-monnaies condamne la majorité de ces films au trépas avant même qu'ils ne soient apparus sur un coin d'écran, remplacés quelques jours après par une nouvelle fournée tout aussi indigeste. Trop de films produits, pour de bonnes et surtout de mauvaises raisons. Trop de films balancés à la va-vite dans les salles en dépit du bon sens. Aucune concertation entre les distributeurs, aucune hiérarchie entre de purs produits cinématographiques, des films réalisés avec talent ou des brouillons bâclés pour trois francs six sous...

Ce qui me permet d'ajouter ici un nota bene. Certains de mes lecteurs, réguliers ou de passage, ont certainement pu remarquer que peu de films trouvent grâce à mes yeux sur mon blog. Pourtant, si l'on lit la presse spécialisée, il n'est pas une semaine sans son film immanquable ni sa perle rare. Je pense de mon côté que le cinéma est un art exigeant et difficile, que les réels artistes ne s'y bousculent pas et que, si nous prenons la peine de tenter de nous projeter ne serait-ce que dans dix ans, nous nous rendrons compte que les chefs d'oeuvre cinématographiques ne se comptent pas par dizaines tous les ans...

poster 2

  

D'un autre côté, et sur un registre plus léger, il est toujours plus aisé, du moins pour moi, d'écrire plus rapidement sur un film que je juge mauvais et, bénéfice non négligeable, d'en retirer un plaisir que je n'avais probablement pas éprouvé durant sa projection. C'est par exemple tout à fait le cas des Amants Passagers, dernière production dont s'est rendu coupable Pedro Almodovar, assassiné en règle sur ce blog il y a quelques jours et qui fait justement partie de ces 18 films du jour. Hasard du calendrier, j'ai pu découvrir en prévisionnement ou en avant-première trois autres films parmi cette liste pléthorique : aucun de ces trois films n'ayant déclenché en moi un besoin irrésistible de m'épancher sur de longs paragraphes à leur sujet, je les aborderai rapidement ici.

 

Alps-Poster

ALPS  de Yorgos Lanthimos

Le postulat de départ de ce film grec au titre mystérieux est d'autant plus séduisant qu'il faut plusieurs séquences pour parvenir à saisir la fonction précise qui occupe à longueur de journées les quelques personnages présents à l'écran, impliqués dans une étrange société secrète. Le spectateur finit tout de même par rassembler les pièces disséminées du puzzle narratif et par comprendre que ces quelques hommes et femmes sont employés par des familles en deuil pour combler le vide créé par la disparition d'un proche. En dire davantage déflorerait une bonne partie de l'intérêt de ce long métrage. Hélas, pour stimulant qu'il soit aux yeux d'un fan de littérature fantastique, prompt à imaginer des variations infinies sur cette seule base, ce point de départ ne tient pas toutes ses promesses : le scénario est souvent très confus à force de vouloir demeurer énigmatique et la mise en scène peut finir par agacer tant elle semble glacée. Une fois le mystère initial résolu, l'attention retombe et l'émotion ne rejaillit qu'à de rares reprises, dans certaines confrontations entre des familles endeuillées et l'avatar qu'elles ont engagé.

 

au_nom_de_la_terre

 

PIERRE RABHI - AU NOM DE LA TERREde Marie-Dominique Dhelsing

Aux yeux de tout citoyen impliqué dans le développement durable et l'écologie, Pierre Rabhi fait office de modèle suprême, sinon de gourou. C'est un personnage éminemment sympathique, modeste et dynamique, qui force le respect et l'admiration pour avoir fait de sa vie une mise en pratique parfaite des concepts qu'il tente de transmettre un peu partout à travers le monde. Un sage au milieu du cynisme financier ambiant. Le documentaire de Marie-Dominique Dhelsing le suit à travers ses pérégrinations en présentant quelques-unes de ses expérimentations (souvent de manière trop peu technique et trop superficielle toutefois) ou quelques passages de conférences dont l'inévitable parabole de la goutte d'eau du colibri, toujours plaisante à entendre, même si l'on peut regretter de ne pas avoir entendu d'autres paroles plus inédites jusque là. Au nom de la terre  ne convaincra pas les sceptiques, il renforcera tout au plus les convictions de ceux qui tentent d'harmoniser leur vie avec leur milieu, de ceux qui essayent de respecter leur environnement et les règles du bon sens, de ceux qui espèrent pouvoir dire un jour "J'ai fait ma part".

  

Kriegerin-6792c605

GUERRIERE  de David Wnendt

Il y a aussi hélas fort à parier que Guerrière ne va prêcher que des convaincus... Ce film de David Wnendt propose une plongée glauque, oppressante, nauséabonde et parfois complaisante dans le milieu d'une jeunesse allemande qui dérape dans l'idéologie néo nazie par désoeuvrement ou aveuglement. L'origine de cette nouvelle peste brune n'est jamais qu'effleurée, parce qu'elle demeure sans doute mystérieuse pour tous.  La caméra semble suivre ce groupe contrainte et forcée, captant les éclats de violence physique ou verbale, sans adopter un réel point de vue. La rédemption finale, malgré l'espérance qu'elle porte, paraît du coup forcée et un brin consensuelle. Le monde réel est sans doute moins enclin aux belles conclusions et aux happy end de circonstance...