08 janvier 2011

Les Emotifs Anonymes, de Jean-Pierre Améris

Festival Ciné 32 - Vendredi 15 octobre, 19h45

La profession des deux protagonistes des Emotifs Anonymes inspire toutes les métaphores gourmandes et gustatives : Jean-René (Benoît Poelvorde, dans un registre légèrement décalé vis-à-vis de ses compositions plus outrées habituelles) et la bien nommée Angélique (Isabelle Carré)  sont tous deux maîtres-chocolatiers et, dans cet aspect comme dans les autres domaines du film, le scénario est écrit avec juste mesure, modestie et sensibilité, évitant à la fois l'évocation de cette profession en tant que simple cadre social accessoire tout en s'affranchissant de séquences lourdement documentaires  sur le sujet.

 

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Les Emotifs Anonymes retrouve le parfum et la fraîcheur des comédies romantiques américaines des 50's dont il s'inspire visiblement. Le dénouement est couru d'avance mais les séquences qui nous y mènent, en compagnie des personnages, sont parsemées de trouvailles délicates, de dialogues émouvants et drôles à la fois, et d'une constante légèreté de ton (au hasard, retenons la scène du premier rendez-vous au restaurant, qui flirte avec le burlesque d'antan). On connaissait la chanson Aux timides anonymes de Renan Luce, on découvre ici l'existence effective de l'association de ces anonymes de l'hypersensibilité, qui donne lieu à un long métrage fantaisiste et tendre à la fois. A déguster sans modération !

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05 janvier 2011

Somewhere, de Sofia Coppola

 

Festival Ciné 32 - Samedi 16 octobre, 20h

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"Somewhere" ? Non, nowhere !

The Virgin Suicides a créé l'illusion il y a dix ans, belle bulle vaporeuse, juste et sensible sur l'adolescence, musique planante et interprétation romantico-désenchantée touchante de Kirsten Dunst. Les critiques ont applaudi comme moi des deux mains et du clavier, à juste titre, mais ont laissé leur plume s'emballer frénétiquement sans la moindre mesure quatre ans plus tard en couvrant l'enfant prodige de lauriers dans des papiers proprement délirants à propos de Lost in Translation, qui m'avait déjà profondément agacé, tant par son scénario limite xénophobe que par le non-jeu total de Bill Murray où certains voyaient ni plus ni moins la marque du génie. Alors que j'avais déjà rendu les armes de mon côté, l'encensoir critique ne s'est pas calmé en 2006 avec Marie-Antoinette, monument de kitsch assumé, de mauvais goût revendiqué et dont les afficionados aiment citer, l'oeil pétillant et ému, l'apparition si drôlatique de la paire de Converse au beau milieu de l'étalage de grolles de notre Marie-Antoinette nationale, qui a dû se retourner sur son échafaud et rendre gorge en voyant ce massacre. Une paire de pompes estampillées 2000 qui atterrissent en plein XVIIIe, quelle audace... : c'est mesurer l'importance de la miss Coppola dans l'Histoire du Cinéma...

C'est donc peu de dire que je n'attendais strictement RIEN de ce nouvel opus de la demoiselle, malgré le Lion d'Or que venait de lui remettre son ex Tarantino à Venise, mais j'aurais finalement apprécié me tromper sur toute la ligne pour ressortir de la salle conquis et enchanté, prêt à rejoindre le concert des louanges qui, eux, ne se sont toujours pas taris. Je n'imaginais pourtant pas que la catastrophe s'afficherait comme en lettres capitales sur grand écran dès la première séquence du film, stupéfiante d'ânerie, qui prouve que l'ennui le plus mortel peut naître en moins de trente secondes.  Las, comment peut-on donc porter aux nues une telle bulle d'autosatisfaction ?...

 

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"Somewhere" suinte de la première à la dernière image du sujet qu'il traite : le vide intégral. D'un bout à l'autre de ses mortelles 98', Sofia Coppola s'acharne, à travers cent scènes redondantes, à souligner, avec la finesse du pot d'échappement de sa Ferrari inaugurale, la superficialité de son personnage de star déglinguée et esseulée jusqu'à ce que sa fille vienne tenter de redonner un semblant de sens à sa vie par sa seule présence. Qu'un seul critique ou spectateur ose sérieusement affirmer, sans craindre le ridicule, qu'il y  a une seule once de cinéma dans les interminables séquences de lap-dancing, par exemple... Le film n'est constitué que d'un empilement sans grâce de plans d'une longueur infinie, creux et d'une vacuité époustouflante : des tours sans fin d'un bolide sur un circuit monotone, accompagnés d'une bande son ad hoc de ronflements motorisés ; un plan où le mâle américain, qui semble dénuder à distance toutes les blondasses du coin, s'endort entre les cuisses d'une bimbo dotée du même superbe niveau intellectuel que toutes les autres nanas que nous croisons ; la disparition progressive et complète du visage du héros, en temps réel bien sûr, sous la pâte épaisse d'un masque d'effets spéciaux... Au cas où nous n'aurions pas encore pleinement saisi le message, Sofia Coppola rajoute trois semi-remorques du même acabit avant la conclusion de son film.

Est-il nécessaire d'adopter une mise en scène superficielle et creuse pour montrer la vanité intégrale et l'infatuation d'un personnage qui n'est finalement que le spectateur de son propre vide sidéral et sidérant ? "I'm fucking nothing" finit par susurrer le héros dans un éclair insoupçonné de lucidité, au terme de séquences de patinage très peu artistique, de longueurs de piscines, de préparation de petit déj' in extenso, jusqu'à plus soif... La description de ce personnage d'acteur loser est si outrée que le spectateur finit par le trouver sympathique malgré lui et par le plaindre, prisonnier qu'il est dans le scénario fermé à double tour de sa réalisatrice, tant la charge est poussive. Un Lion d'Or pour cette pochade boursouflée ?? Quelle blague !... Sofia Coppola est bien la cinéaste la plus injustement  surestimée du moment. N'a pas le talent de Coppola qui veut... Et nul besoin de préciser le prénom, ici...

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18 décembre 2010

Another Year, de Mike Leigh

Festival Ciné 32 - Samedi 16 octobre, 16h30

Mike Leigh est l'un des peintres les plus attentionnés de la middle class anglaise, de ces gens de peu : qui vivent de peu, certes, mais dont le bonheur repose également sur peu de choses. Un cinéma du naturalisme tendre, de la modestie affichée et de la simplicité, au plus près du quotidien trivial ou triste d'une foule de personnages dont le spectateur finit par se sentir proche. Un Ken Loach moins direct, moins visiblement revendicatif mais tout aussi humaniste.

 

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"Another Year" comporte une galerie de personnages mémorables qui appartiennent à la famille élargie des précédents films de Mike Leigh : des êtres blessés par la solitude, esquintés par des ruptures ou des échecs professionnels et auxquels on s'attache rapidement au fil des saisons que dépeint le réalisateur comme autant de tranches de vie. Malgré Tom et Gerri, un couple de Bons Samaritains, condamnés parfois malgré eux à partager leur vitalité et leur bien-être, Another Year est un film relativement anxiogène, un film dépressif et paradoxalement suintant d'espoir. Si l'on excepte le noyau familial du couple central et de leur fils Joe accompagné de sa pétulante et enjouée girlfriend Kathy, ce dernier opus de Mike Leigh brosse pourtant le portrait d'une foule de personnages plus écorchés par la vie les uns que les autres : une patiente obsédée par son sommeil (l'impressionnante comédienne Imelda Staunton, totalement fermée sur elle-même, interprète de Vera Drake), qui, sur une échelle du bonheur variant de 1 à 10, se positionne sans la moindre hésitation sur... 1 (superbe séquence initiale qui constitue quasiment un court métrage à elle seule et représente une pierre angulaire qui donne le ton de la suite) ; Ken, obèse d'alcool et de solitude mêlés ; Ronnie, frère monosyllabique de Tom, veuf et esseulé ; son fils Carl, qui exsude  la violence, la rancoeur et le mal-être dans chacun de ses gestes brusques et chacune des rares paroles qu'il éructe...

 

 

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Autant d'êtres inadaptés à l'existence moderne, incapables de communiquer entre eux, repliés dans leurs propres angoisses et leur mystère. Et Mary enfin, portée par une étonnante Lesley Manville, femme pétrie de doutes et de failles, secrétaire secrètement amoureuse de Joe, mélanco-alcoolique hyperactive qui noie sa terreur de l'isolement dans une logorrhée sans fin : un personnage délaissé par l'existence, qui sème la pagaille autour d'elle involontairement, mais auquel le spectateur s'attache malgré ses outrances et ses maladresses, jusqu'à cette séquence finale où, bien qu'entourée de ses seuls amis, sa solitude profonde et son désespoir rejaillissent au détour d'un gros plan qui dévoile son regard perdu. La solitude au milieu de la foule. L'humanité selon Mike Leigh, au sein de laquelle cohabitent cruauté et compassion, indifférence et empathie.

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17 décembre 2010

Un Balcon sur la Mer, de Nicole Garcia

Festival Ciné 32 - Vendredi 15 octobre, 22h30

Dujardin charismatique et en retenue, Croze séduisante en fantôme hitchcockien, un arrière-plan algérien historique et autobiographique pour Garcia tout à fait estimable, une bande annonce intriguante, une histoire d'amour sur fond de souvenirs d'enfance qui remontent à la surface, autant d'éléments qui peuvent suggérer que "Un balcon sur la mer" mérite le détour. Mais ce balcon s'écroule tel un château de cartes quand on examine d'un peu plus près le scénario construit sur une série d'incohérences et de coïncidences qu'on ne pardonnerait pas même à un débutant. N'est pas le successeur de Vertigo qui veut... Un peu frustrant aussi de se dire que ce type de films constitue actuellement le haut de gamme du long métrage de qualité pour les producteurs et les investisseurs français... Trop artificiellement mystérieux, trop lisse, trop attendu, des personnages trop clinquants professionnellement...

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09 décembre 2010

De vrais mensonges, de Pierre Salvadori

Festival Ciné 32 - Samedi 16 octobre, 13h30

De vrais mensonges s'inscrit sans mal dans la catégorie bien balisée des "comédies romantiques à quiproquos". C'est un film relativement agréable à regarder et dont on suit les péripéties sans déplaisir, mais qui semble parfaitement estampillé "film du dimanche soir sur TF1". Autrement dit, j'attendais davantage de la part du réalisateur des Apprentis ou de Comme elle respire :  un scénario plus enlevé, une mise en scène plus inventive, au ton plus insolent, à l'interprétation moins convenue. Si l'on peut aisément raccrocher ce film à des genres et des codes préexistants, on sent moins la patte de Salvadori, mais il faut admettre que ses derniers films  (Hors de Prix ou Après vous) avaient déjà perdu cette originalité, qui s'est évaporée depuis les départs de Guillaume Depardieu et Marie Trintignant. A l'exception d'un seul personnage, il est étonnant également de voir le portrait peu flatteur que donne le réalisateur de la gente féminine, entre Audrey Tautou, coiffeuse autoritaire et psychorigide au fond de qui sommeille l'âme d'une Amélie Poulain qui s'ignore, Nathalie Baye oscillant entre dépression et nymphomanie, une apprentie totalement décérébrée etc. Pas une vraie réussite...

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01 décembre 2010

Le Soldat Dieu, de Koji Wakamatsu

Festival Ciné 32 - Vendredi 15 octobre, 17h

Koji Wakamatsu est un cinéaste japonais aussi prolifique qu'inconnu en Occident jusqu'à présent, même si des rééditions de quelques-unes de ses précédentes oeuvres semblent s'annoncer. Il paraît tourner à un rythme plus rapide encore que Clint, en privilégiant les prises uniques et en portant même cette technique comme un étendard et une marque de fabrique. Wakamatsu a tourné son Soldat Dieu en simplement douze jours, avec deux jours d'avance sur un planning pourtant déjà très court, ce qui semble ahurissant au vu du résultat final : iconoclaste et pince-sans-rire, il justifie l'absence de répétitions pour les techniciens comme pour les acteurs en précisant que "Si vous tuez quelqu’un, vous n’avez pas besoin de beaucoup d’entraînement, non ? Vous n’avez besoin que de vous concentrer. Ici c’est la même chose. Quand vous ne vous laissez qu’une seule chance, vous n’avez pas besoin de répétition." Logique implacable s'il en est !

Ce réalisateur hors normes est aussi un  infatigable militant pacifiste, ce qui le rend naturellement d'emblée sympathique. Sa farouche opposition à la guerre ne passe pas vraiment inaperçue dans le postulat de son dernier film, où il ne va pas par quatre chemins pour asséner sa position. Le Soldat Dieu est majoritairement un huis-clos situé dans un village retiré du Japon, au coeur de multiples rizières, durant la guerre qui a opposé le Japon à la Chine en 1940. La vision des combats est très parcellaire, à travers des retours en arrière d'une violence visuelle qui tranche avec le calme apparent qui baigne ce village à l'arrière. L'attention du cinéaste se porte sur un lieutenant, renvoyé chez lui après avoir perdu à la fois les bras et les jambes au combat, et l'essentiel de l'intrigue se noue dans le bouleversement de l'intimité du couple qu'il formait jusque là avec sa femme.

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Dès les premières images, qui évoque un peu une esthétique de téléfilm cheap, l'économie de moyens avec laquelle travaille Wakamatsu est flagrante mais rapidement dépassée par la force du propos et la vitalité du réalisateur, par l'énergie qu'il déploie pour dénoncer toutes les dérives d'un système patriotique déifiant les héros militaires, que ceux-ci soient réels ou imposteurs (les flashbacks qui vont progressivement mettre en lumière les exploits guerriers du soldat tronc évoquent parfois un procédé similaire employé dans Les Proies de Don Siegel). Le Soldat Dieu est un véritable coup de poing cinématographique, un film quasiment inconcevable, une sorte de Johnny s'en va-t-en guerre dans l'Empire des Sens, rien moins que cela ! Wakamatsu ose souvent l'impensable, repousse les limites du spectateur en créant une atmosphère totalement oppressante dans la seconde moitié de son film. Le Soldat Dieu est un brûlot contre la guerre, certes, mais aussi une puissante oeuvre féministe et, par dessus tout, une découverte cinématographique étonnante.

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17 novembre 2010

Fix Me, de Raed Andoni

Festival Ciné 32 - Samedi 16 octobre, 11h30

Qu'un réalisateur palestinien souffre de migraines épouvantables qui l'empêchent de travailler, soit. Qu'il décide d'y consacrer un film laisse plus dubitatif et devient déjà plus sujet à caution. Constamment suivi par une caméra et une équipe technique qui ne parlait pas palestinien, afin que nul ne comprenne les propos que pouvaient tenir le cinéaste face à l'objectif, procédé que je trouve assez douteux, Raed Andoni déambule donc à pied ou en voiture (confirmation : les bouchons en Palestine sont tout aussi casse-tête qu'en France), entame une thérapie aussi peu cinématographique que vous pouvez l'imaginer, monologue sans fin sur tout ce qui lui passe par la tête. Et peu à peu, puisque tout cela ne fait tout de même pas un long métrage, le propos dévie, les digressions s'accumulent et l'attention s'évapore : on tâche parfois de se focaliser sur ce que l'on perçoit comme un possible point de vue sur la situation palestinienne et puis, en désespoir de cause, on finit par décrocher totalement.

   

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Le réalisateur semblait penser que son idée initiale était drôle et originale. Puisqu'il s'imagine sans doute volontiers dans la peau d'un Woody Allen palestinien, volubile, hypocondriaque et passablement narcissique, il aurait mieux fait d'écouter sa Maman lorsque celle-ci, incrédule, essaye de le dissuader de réaliser un film sur ses migraines, en indiquant que ça n'intéresse personne - quelle sainte femme ! Si Andoni espérait guérir en nous transmettant ses maux de tête, le but est atteint très rapidement dans ce film soporifique et prise de tête. Par pitié, messieurs les réalisateurs, si vous éprouvez des maux d'estomac, des troubles urinaires ou des douleurs dentaires, merci de ne pas vous sentir obligés de partager vos soucis de santé avec nous...

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13 novembre 2010

La BM du Seigneur, de Jean-Charles Hue

Festival Ciné 32 - Vendredi 15 octobre, 10h30

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A la lecture de son synopsis, j'ai naïvement imaginé que "La BM du Seigneur" permettrait de contrecarrer les dérives du gouvernement auxquelles nous avons assisté cet été, et j'imaginais déjà une soirée "Cinéma & Société" comme un contrepoids à tous les extrêmismes contre les Roms que le pouvoir montre du doigt. J'espérais sans doute y trouver un nouveau point de vue cinématographique sur cette communauté qui se résume souvent aux films de Tony Gatlif (admirable Liberté ! qui devrait continuer à être diffusé dans toutes les écoles de France pour rappeler les actes de sinistre mémoire dont s'est rendu coupable Vichy contre les Tziganes) et à quelques oeuvres d'Emir Kusturica. Las, cette BM est un cadeau empoisonné dans le débat actuel et véhicule tous les clichés habituels qui gangrennent le peuple tzigane (voleurs, agressifs, grandes gueules, etc.), alors même que son réalisateur, Jean-Charles Hue, est originaire de ce monde gitan.

 

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La BM du Seigneur conte l'improbable rédemption d'un voleur de tires amateur de grosses cylindrées lorsqu'il se persuade avoir vu débarquer un ange au beau milieu d'un camp de gens du voyage, sous la forme d'un chien blanc embarqué dans une bagnole. Ce seul résumé illustre le côté casse-gueule de l'entreprise... Le réalisateur n'a malheureusement fait aucun effort pour nous permettre de pénétrer et de comprendre ce monde. Son film souffre d'une apparence de piètre reportage télé où la caméra tourne où elle peut et où on l'a posée sans trop prendre le temps d'y réfléchir, l'image est brouillonne, les dialogues souvent totalement incompréhensibles car inaudibles, si l'on excepte une multitude d'interpellations du style "Mon frère", "Ma couille", "Mon copain". Le budget entier du film semble avoir été englouti dans l'achat de pneus qui crissent durant une séquence d'ouverture interminable, le reste se résume à des hommes qui se toisent et font les fiers-à-bras façon combat de coqs, à des séquences où l'on carbure à la clope, à la bière par packs de 20 et à la testostérone bien graisseuse. La plupart des personnages sont totalement antipathiques, l'empathie avec le spectateur est impossible, à l'exception du personnage du père, sans doute le seul à avoir encore la tête sur les épaules et les pieds sur terre. Bref, un film totalement contre-productif étant donné l'ambiance actuelle totalement délétère et les mesures prises contre les Roms. Pour un peu, on croirait que La BM du Seigneur a été sponsorisé par Besson. Eric, pas Luc...

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11 novembre 2010

Rubber, de Quentin Dupieux

Festival Ciné 32 - Samedi 16 octobre, 22h45

"Rubber" n'est pas un film lisse : on y adhère ou non... J'arrête là les jeux de mots, illimités, qui vont faire le bonheur de Libé et autres critiques de ciné qui aiment les titres au ras du bitume. Mais après tout, cet humour potache et décomplexé est à la base même du plaisir cinématographique simple que veut transmettre Quentin Dupieux dans son film. "Rubber" est d'abord un lointain neveu français de "Duel", premier film de Steven Spielberg, qu'il avait volontairement conçu comme un film à budget minuscule, avec décors et "personnages"  minimalistes (le héros : un camion fou lancé seul dans le désert). Filmé avec un appareil photo, ce qui peut laisser incrédule ou rêveur, il en est même une version plus fauchée (du camion spielbergien, il ne reste plus qu'une... roue - et encore, elle est déjantée !) mais aussi nettement plus loufoque : non seulement notre ami le pneu est psychopathe, mais il est également télépathe, assassinant à distance les lapins et autres corbeaux en faisant vibrer l'air et ses petits crampons caoutchouteux.

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Si "Rubber" s'en tenait à ce seul démontage parodique des films à serial killer, le scénario tomberait vite à plat, mais le réalisateur y ajoute une autre dimension plus réussie encore, plus ambitieuse également même si la modestie baigne le projet dans son ensemble : une mise en abyme proprement hallucinante, surréaliste et loufdingue au possible, dans laquelle un convoi de "touristes-spectateurs" se trouve embringué dans le désert pour assister en direct au film que nous voyons. Je sais, le concept peut sembler difficile à intégrer, à la lecture ! Le producteur du pseudo film apparaît également à l'écran, avec le dessein clairement affiché d'empoisonner ces spectateurs avec une dinde farcie au cyanure, mais un gars en fauteuil roulant résiste, puisqu'il veut absolument découvrir le dénouement du film, ce que ni les scénaristes, ni le flic qui mène l'enquête n'ont envisagé... Euh... au fur et à mesure que j'écris ces lignes, je m'aperçois que la rédaction de la critique d'un tel film est un exercice de style en soi. Paraphrasons pour finir le discours grotesque du flic, qui déplore les incongruités présentes dans les films, du genre "Pourquoi, au début de JFK, le Président se fait assassiner par un inconnu ? No reason !" : pourquoi se priver d'un tel film, sorte de "Duel" ramené à un seul pneu, qui évite les ornières de manière si réjouissante ? "No reason" !

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09 novembre 2010

Belle Epine, de Rebecca Zlotowski

Festival Ciné 32 - Dimanche 17 octobre, 9h

Le premier film "intimiste" (attention, très souvent synonyme déguisé de "chiant" et "prétentieux", ce qualificatif) à tendance autobiographique et à esthétique faussement vieillote, réalisé par une jeune réalisatrice fraîchement estampillée Femis, est dangereusement en passe de devenir un genre en soi dans le paysage cinématographique français. Je pourrais bien sûr étayer cette affirmation quelque peu péremptoire par un ou deux exemples, si ce n'est qu'une autre caractéristique de ces films est de sombrer rapidement pour moi dans l'oubli qu'ils n'auraient parfois jamais dû quitter : vous excuserez donc mon désir de corriger un certain penchant masochiste en évitant de remuer trop longuement ma mémoire à la recherche d'un de ces pensums affligeants.

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Dans la catégorie pré-citée, Belle Epine  peut faire figure de maître étalon. Indéniablement, une certaine presse va porter aux nues ce premier long métrage de Rebecca Zlotowski et y déceler des qualités insoupçonnables, des subtilités, des non-dits, des finesses sensibles, là où je ne perçois que vanité, ennui profond, gratuité des séquences, snobisme et faux naturalisme. Comme la cohorte de films du même accabit qui l'ont précédé, ce premier long métrage accumule donc les poncifs et les clichés sur les errances d'une ado dans le monde interlope des jeunes motards, alignant les scènes obligées de pseudo provoc et épinglant au passage quelques séquences dont on se demande si elles doivent engendrer en nous l'hilarité totale ou l'effarement le plus complet, depuis les dialogues affligeants d'une bande de décérébrés casqués jusqu'à une scène de "coït à glaçons" dans un congélo de Rungis.

La réalisatrice, belle comme une banquise, était présente dans la salle à l'issue de la projection. Dans le dossier de presse, elle dit "Le film ne se situe ni dans les années 70, ni dans les années 80, ni aujourd'hui, il est avant, comme dans la mémoire". Je vous laisse méditer deux bonnes minutes le concept fumeux... Ca donne déjà le ton de la nana, d'une prétention et d'un applomb assez rares à chaque question à laquelle elle répondait. Pour expliquer le titre de son "oeuvre", elle a d'abord expliqué que c'était le nom d'un Centre Commercial (voilà une information qui méritait d'être mentionnée, effectivement...) puis elle a romantiquement ajouté qu'elle aimait aussi le "jeu de mots" potentiellement présent dans le titre. Hein ? Oui, si on enlève le "é". Ah, hum, ok, très bien, très fin. Arrêtons là, servi...

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