Qui aurait cru que l'icône de la Movida se perdrait dans un croisement contre-nature entre une resucée calamiteuse de Y a-t-il un pilote dans l'avion ? (la réponse à cette question est non, définitivement...) et un remake flashy de La Cage aux Folles (là, par contre, le choix est vaste...) ? Hormis quelques exemples atypiques de sa filmographie (En chair et en os et, dans une moindre mesure, Parle avec elle), l'univers de Pedro Almodovar me laisse régulièrement indifférent (voir notamment mon point de vue sur son précédent film, La Piel que Habito, qui fait pourtant office de chef d'oeuvre à côté de celui-ci...) Mais je n'aurais jamais soupçonné pouvoir un jour assister de sa part à un tel film catastrophe au sens littéral du terme.
   

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Hormis un générique superbe graphiquement, vif et coloré, sur une variation psychédélique de la Lettre à Elise, aucun de ces Amantes Pasajeros ne réchappe au désastre, pas même ces passagers de luxe que sont Penelope Cruz et Antonio Banderas, venus cachetonner et faire un petit hola dans la séquence inaugurale, trop brièvement pour saisir leur réelle utilité dans le film mais assez longuement pour qu'on réalise à quel point eux-mêmes sont extrêmement mauvais et jouent de manière très appuyée (les gros clins d'oeil complices ne sont pas loin...)
   

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Le reste est à l'avenant et notre mâchoire se décroche progressivement de stupeur et d'incrédulité au fil des séquences, des pseudo-gags qui tombent à plat, des bons mots qui virent au pathétique, des scènes qui manquent cruellement d'imagination. Plus le compteur tourne, plus les dépressurisations du scénario se font ressentir, repoussant toujours plus loin le mauvais goût, le simplisme et la vulgarité. Ces Amants Passagers ne font qu'enfiler des pantalonnades indignes d'un tel cinéaste et des blagues grivoises grassement soulignées dans une mise en scène qui ne dépasse guère le stade du téléfilm fauché (le manque flagrant de moyens ne débouche que sur une seule petite idée intéressante, l'évocation d'un atterrissage d'urgence au seul moyen de mouvements de caméras élégants dans les couloirs d'un aéroport désaffecté, tandis que résonne une bande son où l'équipe du bruitage s'en est visiblement donné à coeur joie).
   

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Ce nanar aérien touche le fond (ou atteint des sommets du genre, selon le point de vue) lorsque l'avion de ligne pris en otage par Almodovar se transforme intégralement en lupanar volant où les fellations à la mescaline se disputent aux dépucelages sous anxiolytiques et aux partie de jambes en l'air somnambuliques. A l'aune de l'interprétation outrancière et ultra-caricaturale de toutes les grandes folles qui font office de stewards dans ce coucou de cauchemar, nous pourrions même crier au scandale et taxer le réalisateur d'homophobie latente si l'on ignorait les amours almodovariennes... A ce titre, le clip gluant de I'm so excited est un modèle en soi : toutes les pires promesses contenues dans le titre choisi seront, hélas, tenues intégralement, dégustation incluse de gouttes séminales égarées...
  

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Bourré de poncifs et de clichés depuis le train d'atterrissage jusqu'à ce qui tient lieu de cabine, où les pilotes, qu'on ne saurait accuser de déformation professionnelle, y souffrent d'une légère obsession pour les manches, Los Amantes Pasajeros est un film cata sur toute la longueur de la carlingue, un crash intégral et sans rescapé d'un cinéaste qui a oublié toute finesse, tout talent d'écriture et de réalisation, tout sens esthétique dans la soute à bagages. Mayday, Pedro, Mayday !
  

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